Forum national des affaires coutumières : « Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvre géopolitique » (Félix Tshisekedi)

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Le président de la République, Félix Tshisekedi, a procédé, ce lundi 2 mars 2026, au Centre culturel de Kinshasa, au lancement officiel des travaux du Forum national des affaires coutumières. Placées sous le thème : 

 

« Renforcement de l'autorité coutumière, gage de stabilité, de développement, de sécurité et de cohésion des communautés en République démocratique du Congo », ces assises se clôtureront le 5 mars prochain.

Dans un contexte sécuritaire qu’il a qualifié de « grave », le chef de l’État a dénoncé l’agression rwandaise contre la RDC, à travers le mouvement terroriste M23/AFC et d’autres groupes armés. Il a accusé ces forces négatives de tenter de substituer des chefs coutumiers légitimes par des individus imposés, étrangers aux traditions locales, afin d’asseoir une logique d’occupation.

« Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits coutumiers. Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvre géopolitique, mais le fondement même de notre souveraineté et de notre identité », a martelé Félix Tshisekedi.

Pour le président congolais, la participation de plusieurs chefs coutumiers venus des 26 provinces constitue « un acte de résistance et de patriotisme ». Il a insisté sur la nécessité de défendre la légitimité des autorités traditionnelles, la continuité de l’État, l’intégrité territoriale et la dignité des communautés.

Au-delà du contexte sécuritaire, le chef de l’État a fixé des attentes précises à ces assises. L’objectif central reste l’élaboration d’une véritable politique nationale des affaires coutumières, assortie de décisions concrètes et de mécanismes de suivi.

Parmi les priorités évoquées figurent :

- La clarification des rôles, des responsabilités et des critères de légitimité des autorités coutumières ;

- La mise en place d’une base de données fiable et actualisée des entités coutumières ;

- L’intégration pleine et entière des peuples autochtones, notamment des populations pygmées ;

- Le renforcement du rôle de médiation des chefs coutumiers dans la prévention des conflits liés aux frontières, aux ressources naturelles ou à la coexistence entre agriculture et exploitation minière ;

- La promotion de la place des femmes et des jeunes dans la gouvernance coutumière.

« En ouvrant ce forum, je voudrais vous laisser un message dont je suis convaincu de la pertinence. L'avenir de la République démocratique du Congo ne se construira ni contre la coutume, ni sans elle, mais avec elle, dans un dialogue exigeant avec la République », a-t-il souligné.

Prenant la parole à son tour, le vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a dressé l’état des lieux des entités coutumières à travers le pays.

Il a notamment mis en avant la stratégie sectorielle intitulée « Politique nationale de prévention et de règlement des conflits communautaires et coutumiers », expérimentée dans la province de la Tshopo avec le Forum de paix de décembre 2024, qui a permis, selon lui, de réconcilier les communautés Mbole et Lengola.

Dans cette dynamique, des Commissions consultatives de règlement des conflits communautaires et coutumiers (CCRCCC) ont été instituées aux niveaux local, provincial et national. Deux arrêtés ministériels signés le 23 février 2026 encadrent désormais leur création, leur organisation et leur fonctionnement. Des experts du ministère seront déployés dans les 26 provinces afin de superviser leur installation.

Jacquemain Shabani a, par ailleurs, mis en garde contre la politisation des affaires coutumières.

« Je tiens à rappeler avec fermeté que la désignation des autorités coutumières (chef de village, chef de groupement et chef de chefferie) demeure l’apanage exclusif des familles régnantes, conformément aux us et coutumes reconnus et dans le strict respect des lois de la République. Ces processus ne doivent en aucun cas devenir des sources de conflit ni l’occasion pour des politiciens de s’immiscer dans la gestion des affaires coutumières », a-t-il affirmé.

Organisé par le ministère de l’Intérieur sous le haut patronage du chef de l’État, ce forum aborde plusieurs thématiques majeures, notamment la décentralisation et le développement local, le statut des chefs coutumiers, l’intégration des peuples autochtones pygmées, l’harmonisation des stratégies sectorielles ainsi que le rôle des femmes et des jeunes dans la gouvernance coutumière.

Merveil Molo